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mardi 7 octobre 2014

Megalara garuda, Le roi des guêpes




Découverte en 2011 [1], cette guêpe indonésienne présente une morphologie digne des graphismes biomécaniques d'aliens de H R Giger. Son exosquelette noir surmonté d'ailes de la même couleur lui donnent une apparence diabolique, sans compter sur ces mandibules, si grandes que lorsqu'elles sont refermées, elles entourent une partie de la tête.

Megalara garuda (dans un premier temps, Dalara garuda) a été découverte très récemment (2011) simultanément par Lynn Kimsey, directrice du Musée Bohart d'entomologie (Université de Californie), et Michael Ohl, du département d'entomologie du Museum Für Naturkunde de Berlin [2]. L'espèce présente un fort dimorphisme sexuel, les mâles, nettement plus gros que les femelles, atteignant les 2,5 à 3,4 cm. Les femelles semblent arborer des mandibules plus petites, et sont également plus menues de corps (environ 2 cm), mais néanmoins plus grandes que leurs cousines de la sous-famille Crabroninae

Mais c'est surtout la paire de mandibules qu'ils arborent, presque aussi longues que leur pattes avant et apparemment très puissantes, qui retiennent l'attention. Selon Kimsey, ces larges mandibules pourraient être un mécanisme d'adaptation, offrant une arme convaincante aux mâles pour défendre leur nid contre les membres de la même espèce à la recherche de nourriture dans le sable, autant que contre les autres animaux.

Typiquement, les membres hyménoptères Larrinae de la sous-famille  Crabroninae ont en effet l'habitude de creuser des trous dans le sable pour y loger leurs œufs, mais il est difficile de déterminer la nature des comportements de Megalara garuda : endémique de l'île de Sulawesi, ces guêpes semblent des prédateurs solitaires, et peu nombreux : 6 spécimens seulement ont été récoltés par Kimsey en 3 ans de recherches - et ils étaient tous morts.

L'apparence sombre de cette guêpe, sa taille et sa morphologie, lui ont valu le surnom de Roi des guêpes, dans la mesure où cette nouvelle espèce est notablement plus grande que les espèces proches. Il ne s'agit toutefois pas de l'espèce de guêpe la plus grosse, ce titre revenant très certainement aux Tarantula Hawk, qui, comme leur nom l'indique, chassent... des tarentules. Il s'avère également que le roi des guêpes pourrait être reine, si l'on se réfère aux spécimens récoltés par Kimsey : si l'un des mâles présentait une taille respectable, un autre n'atteignait que 2,5 cm, et présentait des caractéristiques proches en morphologie, à celles des femelles (petites mandibules, petite taille). Ce mâle était parasité par des acariens qui semblaient "féminiser" la guêpe! Toutes les femelles présentaient également un fort parasitage (entre 10 et 16 acariens), tandis que le mâle correctement formé n'en présentait que deux sur son corps. Il semble qu'une étrange symbiose s'opère entre la guêpe et son parasite, le type même de ce que l'on a pu voir par exemple, pour des espèces de cloportes ou d'éphémères.

Quelques caractéristiques de Megalara garuda
mâles : 2,5 à 3,4 cm, ailes de 2,4 à 2,5 cm, Femelles 2,0 à 2,2 cm. corps recouvert de poils noirs peu distinct chez les mâles, très développé chez les femelles. Les mandibules des mâles ont une dent médiane relativement grande, les mandibules femelles présentent deux pics internes de taille moyenne.


[1] Il s'avère en fait que des spécimens redécouverts en 2011, dormaient au fond de certains musées depuis les années 1930!
[2] Kimsey, L.; Ohl, M. (2012). "Megalara garuda, a new genus and species of larrine wasps from Indonesia (Larrinae, Crabronidae, Hymenoptera)". ZooKeys 177 (177): 49–57.
Les images proviennent de l'article original.